Subscribe

News & Media

Articles

« Le résultat de la présidentielle en RDC est une défaite pour la démocratie » | Congo’s election: a defeat for democracy, a disaster for the people

Our President Alan Doss and Mo Ibrahim, founder and President of the Mo Ibrahim Foundation, share their reflections on the results of the presidential elections in DRC with The Guardian (English below).

Notre Président Alan Doss et Mo Ibrahim, fondateur et président de la Fondation Mo Ibrahim, reviennent sur les résultats des élections présidentielles en RDC pour Le Monde Afrique.

Nous prenons note du fait que les principaux acteurs de la communauté internationale ont, au nom de la stabilité, accepté les résultats des dernières élections en République démocratique du Congo (RDC). Ce faisant, ils font défaut à la fois au peuple congolais et aux objectifs de développement durable des Nations unies, qui préconisent des « institutions redevables et inclusives ».

Les résultats compilés par la Commission électorale nationale indépendante (CENI), divulgués à la presse, confirment ceux de l’Eglise catholique, qui avait déployé 40 000 observateurs sur la totalité du territoire : ils montrent que Martin Fayulu, le candidat de la coalition de l’opposition, a remporté l’élection présidentielle, non pas d’un fil, mais haut la main. Et pourtant, après une semaine de tergiversations et d’intenses négociations, la CENI a annoncé la victoire de Félix Tshisekedi. C’est une défaite pour la démocratie.

Un futur gouvernement sans légitimité

Dans la région comme au-delà, nombreux sont ceux qui arguent que, quels que soient ses défauts, cette élection a au moins permis de sortir de la longue présidence de Joseph Kabila, et constitue le pari le plus à même de préserver la stabilité de la RDC et, au-delà, de la région des Grands-Lacs. Il se pourrait bien qu’ils perdent sur les deux tableaux.

D’abord parce que, si Joseph Kabila a effectivement quitte ses fonctions, lui et ses acolytes continueront selon toute vraisemblance à contrôler tous les leviers du pouvoir. C’est bien sa coalition politique, ayant remporté une écrasante (et improbable) majorité de sièges aux législatives, qui déterminera en définitive le choix du premier ministre, lequel dirigera à son tour les principaux ministères et agences de sécurité du gouvernement.

Ensuite, parce que même si l’élection de Félix Tshisekedi a pu permettre d’éviter à court terme des troubles majeurs à Kinshasa, le nouveau gouvernement manquera de légitimité véritable et son autorité risque d’être mise en cause de façon répétée. Et sans cette légitimité, le nouveau gouvernement aura du mal à entreprendre les nombreuses réformes de fond dont la RDC a si urgemment besoin.

Kofi Annan a souvent rappelé que la légalité ne confère pas nécessairement la légitimité. Nous avons vu à maintes reprises des dirigeants mis en place par des manœuvres légales qui échouèrent en définitive à leur conférer la légitimité dont ils avaient besoin pour diriger efficacement leur pays, notamment en période de crise. La communauté internationale devrait s’en souvenir, au moment où elle se demande comment réagir à la crise postélectorale qui a éclaté au Congo.

Mais ce qui est plus inquiétant encore, c’est que, constatant ainsi que les élections sont impuissantes à changer les choses, le peuple congolais risque de se tourner vers d’autres méthodes pour renverser l’insupportable statu quo qui fait que la grande majorité de la population piétine dans la pauvreté tandis qu’une poignée d’individus au sommet de l’Etat amasse des fortunes. Il y a déjà des bruits de bottes à l’est, qui a un lourd passé d’insurrection. Il y a là déjà des dizaines de groupes armés actifs qui pourraient être mobilisés. De nombreux voisins de la RDC seront affectés si une nouvelle vague de violence généralisée éclate au Congo.

Investissement compromis

Depuis une vingtaine d’années, la communauté internationale a englouti plusieurs milliards de dollars en RDC pour tenter de stabiliser le pays et son environnement régional, et l’orienter vers un avenir démocratique, équitable et prospère. En acceptant passivement ce fait accompli, tout cet investissement aura été lourdement compromis.

C’est pourquoi nous appelons la Communauté de développement d’Afrique australe, l’Union africaine, l’Union européenne et l’ONU en particulier à ne pas renier les aspirations démocratiques du peuple congolais qui a voté massivement pour le changement. Il est encore temps d’insister pour que soient publiés les résultats détaillés de la CENI pour ces élections présidentielles et législatives. Entre-temps, il faut maintenir l’ensemble des sanctions en vigueur et suspendre toute extension de la coopération avec le gouvernement de la RDC jusqu’à l’émergence d’une transition crédible et respectueuse de la volonté démocratique.

Alan Doss, Président de la Fondation Kofi-Annan.

Mo Ibrahim, fondateur et Président de la Fondation Mo Ibrahim


The major players in the international community have accepted the outcome of January’s elections in the Democratic Republic of the Congo (DRC) in the name of stability. In doing so, they have failed the Congolese people.

Moreover, they have fallen short of the aspirations of the UN’s sustainable development goals, which call for “accountable and inclusive institutions”.

The results compiled by the independent national election commission (CENI), leaked to the press, confirm those of the Catholic church, which fielded 40,000 observers across the country. They show that Martin Fayulu, the opposition coalition candidate, won the presidential election, not by a whisker, but by a landslide.

However, after a week’s delay and intense negotiations, the CENI announced the victory of Felix Tshisekedi.

This is a defeat for democracy.

Both in the region and beyond, many argue that, whatever its flaws, the election at least produced a transition from the long presidency of Joseph Kabila, which is the best bet to preserve stability in DRC and the wider Great Lakes region. They may well be wrong on both counts.

First, while Kabila has officially stepped down from office, he and his associates will most likely continue controlling the levers of power. His political coalition, having won an overwhelming (and improbable) majority of seats in the parliamentary elections, will ultimately determine the choice of prime minister, who will in turn manage the government’s key ministries and security agencies.

Second, though Tshisekedi’s election may have staved off major unrest in Kinshasa in the short-term, the new government will lack genuine legitimacy and risks repeated challenges to its authority.

Without that legitimacy, the government will find it hard to undertake the many serious reforms that DRC so urgently requires.

Kofi Annan often cautioned that legality does not necessarily confer legitimacy. Time and again we have seen leaders installed in office by legal manoeuvres that fail to confer the legitimacy required for effective leadership, especially in times of crisis. The international community should be mindful of that point as it considers how to respond to the post–electoral crisis that has erupted in DRC.

Most worryingly, however, having seen that elections lack the power to change things, the Congolese people may turn to other methods to overturn the unbearable status quo, in which the vast majority of the population wallows in poverty while those at the summit of the state amass fortunes. Already there are calls to arms emerging from the east, which has a history of insurgency. There are dozens of armed groups active that could be harnessed to this cause. Many of the DRC’s neighbours will be affected if another round of widespread violence erupts.

The international community has invested many billions of dollars in DRC over the past two decades to try to stabilise the country and the region, and to steer the republic towards a democratic, just and prosperous future. By passively accepting this fait accompli, all that investment will have been compromised.

That is why we call on the Southern African Development Community, the African Union, the EU and the UN, in particular, not to abandon the democratic aspirations of the Congolese people who voted overwhelmingly for change. It is not too late to insist on the publication of CENI’s detailed results for both the presidential and parliamentary elections. In the meantime, they must maintain all existing sanctions and suspend any further extension of cooperation with the DRC government until a credible transition emerges.

Alan Doss, President of the Kofi Annan Foundation

Mo Ibrahim, founder and Chair of the Mo Ibrahim Foundation