Les jeunes des communautés défavorisées de Kampala sont systématiquement discriminés, confrontés à des difficultés économiques importantes, et disposent de peu d’espaces pour s’exprimer.
Particulièrement dans la communauté de Bwaise à Kampala, l’un des quartiers les plus peuplés et défavorisés de la capitale, les obstacles semblent insurmontables. Les jeunes de Bwaise ont longtemps été négligés et leurs voix ignorées.
L’initiative Youth Speak a été lancée pour lutter contre ces obstacles et aider les jeunes à faire entendre leur voix sur la scène politique.
Lutter contre la marginalisation et l’incompréhension
Les jeunes de Bwaise sont souvent réduits à des stéréotypes. « On les qualifie de criminels, de fauteurs de troubles, de personnes ingérables. Je viens moi-même du ghetto. C’est là que j’ai vu ces jeunes ont du talent, mais restent marginalisés », explique Nashiba Nakabira, la visionnaire à l’origine de Youth Speak.
Ces stigmates sont profondément internalisés et entraînent l’exclusion systématique des jeunes par les élites politiques. Beaucoup de ces jeunes sont « dotés de talents » mais « peu d’efforts ont été faits pour identifier et cultiver ces talents, ou les utiliser en faveur de la conscience civique. »
Cette observation a conduit Nashiba à créer Youth Speak, un projet visant à sensibiliser les jeunes de Bwaise aux questions civiques et à leur procurer des plateformes leur permettant de mettre leurs talents au service du changement.

Transformer le talent en pouvoir civique
Munie de nouvelles compétences et d’une vision claire, Nashiba a lancé Youth Speak à Bwaise, avec le soutien d’African Youth Development Link. Elle a sélectionné 10 jeunes, doués pour la musique, l’art ou le sport, prêts à utiliser leurs talents pour sensibiliser la population aux questions civiques. Ce groupe comprenait des hommes, des femmes et des personnes en situation de handicap, unis par une passion commune pour ces domaines créatifs.
Pour faire de la place à ces jeunes, Nashiba a créé un programme d’apprentissage intensif d’une semaine axé sur :
- La sensibilisation aux droits et responsabilités civiques ;
- Le leadership ;
- La citoyenneté active ;
- La communication.
Les sessions de ce programme sont restées accessible et ancrées dans les expériences vécues à Bwaise. Principalement animées par l’African Youth Development Link, elles ont permis aux participants d’analyser les conflits communautaires avec Sisters 4 Peace et d’explorer les parcours de développement des compétences avec Action for Fundamental Change and Development.

Le groupe a ensuite appris à utiliser ses talents de manière créative pour promouvoir la conscience civique, ce qui a donné lieu à la composition et interprétation de chansons ainsi qu’à des chorégraphies, notamment : Nashiba art and music (.mp4) et Ghetto Youth Civic Anthem (.mp3)
Le programme s’est déroulé parallèlement à une campagne nationale concernant l’enregistrement des cartes d’identité nationales. Le projet a donc profité de l’occasion pour expliquer comment les cartes d’identité permettent aux jeunes d’accéder aux services essentiels.
« Nous avons vu des jeunes se présenter en très grand nombre pour s’enregistrer… ce qui n’était pas le cas auparavant. »
Elle y a vu un signe d’engagement institutionnel et politique croissant. Via Youth Speak, ces jeunes acteurs du changement ont diffusé des messages sur l’importance de la participation, et leurs pairs semblaient les écouter.
Développer la confiance, la visibilité et un nouveau leadership
Cette transformation s’est manifestée au fil du programme.
Le participant Seif Mukalazi témoigne : « Grâce au projet Youth Speak, j’ai appris à utiliser mes talents pour parler des défis auxquels les jeunes sont confrontés dans nos communautés. »
Une autre participante, Namatovu Babra Gabbie, la benjamine du groupe, ajoute : « J’ai beaucoup appris grâce à ce projet, surtout comment prendre confiance en moi. »
Comme l’explique Nashiba :
« Ils croient désormais en leurs capacités et en leur mandat civique. Ils savent qu’ils peuvent utiliser leurs talents pour amplifier leur voix. »
Au-delà de ces témoignages, la communauté elle-même a également changé. Les jeunes, autrefois considérés comme des fauteurs de troubles, sont désormais reconnus et associés aux acteurs politiques. Certains ont été engagés pour contribuer aux campagnes des partis politiques et des candidats individuels.
D’autres ont été recrutés par des organisations de la société civile en tant que coordinateurs et mobilisateurs. Parmi eux figure Muteesasira Robert, qui aspire à occuper un poste de direction au sein de sa communauté.
Nashiba explique que les institutions gouvernementales, y compris la Commission électorale ougandaise, ont pris des mesures pour renforcer la collaboration avec la jeunesse. L’organisation a été reconnue comme « la principale entité jeunesse » et a été chargée de mener des actions d’éducation électorale auprès des jeunes.
Leçons apprises et perspectives d’avenir
Le projet n’a pas été sans difficultés. De nombreux participants, sans emploi stable, ont eu du mal à être assidus. Il a fallu tempérer leurs attentes élevées à l’égard de l’aide financière. Mais en adaptant le calendrier de formation, en faisant preuve de souplesse et en communiquant de manière transparente, le projet a trouvé son rythme.
Aujourd’hui, cette dynamique perdure. Les participants au programme ont formé un groupe d’ambassadeurs civiques afin de prolonger leur campagne visant à promouvoir l’engagement des jeunes. Nashiba utilise elle-même la radio, la télévision, TikTok et les forums communautaires pour diffuser ces messages.
Son organisation, African Youth Development Link — reconnue par la Commission électorale ougandaise comme la principale entité de jeunesse en matière d’éducation des électeurs — a vu ses « Youth Changemakers » lancer un Manifeste de la jeunesse pour 2026–2031, qui a récemment été approuvé par le président ougandais.
Un future fondé sur la parole et la visibilité
Youth Speak montre ce qui est réalisable lorsque les jeunes reçoivent confiance, formation et espaces de leadership. Les jeunes ambassadeurs civiques de Bwaise sont désormais des éducateurs civiques actifs, des leaders reconnus et les créateurs de leur propre récit civique.

