Depuis l’adoption de sa Constitution de 1992, le Ghana a acquis une reconnaissance internationale pour sa stabilité démocratique, ses transferts pacifiques du pouvoir, et son attachement à l’État de droit constitutionnel. Mais derrière ce succès se cache une contradiction inquiétante.
Alors que la démocratie prospère, les jeunes ghanéens, qui constituent le cœur démographique du pays, peinent encore à faire entendre leur voix sur les enjeux de gouvernance, de reddition de comptes, et de responsabilité démocratique.
Bien qu’ils soient directement concernés par les décisions politiques et les échecs de la gouvernance, leur engagement reste freiné par un accès limité à des plateformes fiables et légitimes pour s’exprimer, ainsi que par la crainte des intimidations et représailles politiques. Cet écart a conduit au désengagement des jeunes et une fragilisation de la responsabilité politique, malgré la promesse démocratique du Ghana qui perdure.
Une vision pour la participation des jeunes
Prince Ossei Owusu milite depuis longtemps pour l’autonomisation des jeunes, une cause forgée par ses nombreuses années d’expérience en leadership et engagement civique. Ces expériences ont réaffirmé la nécessité d’intégrer la jeunesse pour assurer le développement national et la construction du pays.
Inspiré par cette conviction, et par les mots de Kofi Annan, ancien secrétaire général des Nations unies, « on n’est jamais trop jeune pour diriger », Prince a créé le Youth Barometer.
Ce projet offre aux jeunes ghanéens une plateforme pour s’exprimer en toute sécurité et de manière pertinente sur les enjeux de gouvernance, de responsabilité et de démocratie. Ils y partagent leurs perspectives, signalent leurs préoccupations et contribuent activement aux débats nationaux qui affectent leur quotidien.
Compétences, réseaux et confiance pour un impact réel
Grâce au programme WYDE Accountability Hubs, Prince a bénéficié d’opportunités précieuses qui ont renforcé son leadership et l’impact de son travail.
Il a notamment rencontré des figures internationales, comme que Mme Zainab Hawa Bangura, directrice du Bureau des Nations unies à Nairobi, au Kenya, et ancienne rapporteuse de l’ONU. Ceci a affiné sa vision globale de la gouvernance et de la responsabilité. Il a également suivi une formation en gestion de projet, lui permettant d’acquérir des compétences de terrain pour concevoir, mettre en œuvre et réaliser efficacement des initiatives communautaires.
Le programme a également facilité l’apprentissage entre pairs via des échanges avec des organisations de la société civile et des jeunes militants de toute la région. Collectivement, ces expériences ont été source d’inspiration et ont permis de multiplier les initiatives menées par les jeunes pour exiger des comptes aux gouvernements.
Amplifier les voix de la jeunesse

Le Youth Barometer a créé une plateforme sécurisée permettant aux jeunes ghanéens d’exprimer leurs opinions sur la redevabilité politique, la gouvernance et la démocratie. L’équipe a ainsi réussi à recueillir les opinions de 250 jeunes.
Lors des échanges de rue, les jeunes pouvaient participer de deux manières. Ceux qui préféraient écrire partageaient leurs réflexions sur de grands tableaux, créant ainsi une trace visuelle de leurs préoccupations. D’autres, plus à l’aise à l’oral, donnaient des interviews filmées. Cette double approche a permis à chaque participant de contribuer de manière authentique, et en toute sécurité, quel que soit son mode d’expression choisi.
Prince et son équipe ont également lancé le Barometer Podcast, une série unique où des jeunes issus de divers horizons peuvent discuter ouvertement de démocratie, de gouvernance et de responsabilité, sans intimidation politique ni risque de représailles.
« C’est là que j’ai réalisé que les jeunes s’intéressaient vraiment à ce qui se passait dans le pays. Certains pouvaient même se souvenir de problèmes remontant à cinq ou huit ans pour lesquels aucune responsabilité n’avait été attribuée. »

Quand la jeunesse s’exprime, la démocratie écoute
Le Youth Barometer a mobilisé avec grand succès les jeunes à travers le Ghana, dévoilant la profondeur de leur conscience et leur désir de participation. Grâce aux échanges de rue, le projet a recueilli les voix authentiques, sans filtre, des jeunes, remettant en question les hypothèses sur leur désengagement.
« Les commentaires et les réactions que nous avons collectés dans la rue sur la responsabilité étaient époustouflants. Cela m’a appris que nous sommes vraiment attentifs et que les jeunes n’oublient pas facilement ce qui se passe. »
Ces interactions ont dévoilé une génération attentive, informée et profondément préoccupée par les questions de gouvernance qui impactent leur vie.
Au-delà de cette forme d’engagement, le Barometer Podcast s’est révélé être un puissant outil éducatif, tant pour les participants que pour les organisateurs. Selon Prince, « cela a permis d’éduquer de nombreux jeunes, et nous avons également fini par nous éduquer nous-mêmes. » Cet apprentissage entre pairs s’est avéré particulièrement motivant, comme le souligne Prince : « Quand quelqu’un attend son tour pour parler et entend ce que les autres ont à dire, il apprend beaucoup et se sent motivé. »
L’impact du Youth Barometer s’est prolongé bien au-delà de la mise en œuvre officielle du projet. Prince continue de recevoir des commentaires de jeunes participants impatients de le voir revenir :
« Je reçois encore beaucoup d’appels de jeunes qui me demandent les épisodes deux, trois et quatre du Barometer Podcast, car cela fait longtemps que nous n’avons plus de plateforme fiable, où les jeunes peuvent partager leurs idées sans intimidation politique, crainte ou risque d’être victimes de représailles. »
Cette demande soutenue souligne la rareté et l’importance des espaces civiques fiables et sécurisés où les jeunes peuvent s’exprimer au Ghana.
À terme, le projet a réussi à favoriser une culture participative chez les jeunes en proposant des méthodes d’engagement flexibles et inclusives qui privilégient la sécurité et l’ouverture. Ces approches ont encouragé un dialogue honnête et un apprentissage mutuel, contribuant ainsi à normaliser la participation des jeunes aux processus démocratiques.
Comme l’affirme Prince, « cela a permis de faire ressortir les préoccupations réelles des jeunes et apprendre les uns des autres. » Ceci renforce ainsi le rôle du Youth Barometer en tant que catalyseur de l’engagement démocratique mené par la jeunesse.

Leçons tirées de la rue, vision pour l’avenir
Le Youth Barometer démontre la puissance des initiatives lorsque celles-ci sont menées par les jeunes et centrées sur eux. Le message clé de Prince aux organisations et aux dirigeants est clair : « Nous avons atteint l’âge adulte. Nous avons des idées. Nous avons des connaissances. Nous avons les moyens d’agir. » Il exhorte les organisations à investir dans des projets développés par les jeunes, car ceux-ci comprennent mieux les besoins et les préférences de communication de leurs pairs.
Le projet a également confirmé la valeur des échanges de rue.
« Il y a beaucoup de contenu dans la rue. Il y a beaucoup d’informations là-bas. Ce sont les rues qui contrôlent et font bouger les choses. »
Cependant, des défis persistent, y compris le financement et la durabilité du projet. Prince et son équipe recherchent activement des partenaires et rédigent des propositions pour poursuivre leur travail. Ils négocient avec un studio pour maintenir la production de podcasts et prévoient de retourner dans la rue pour renforcer leur engagement.
« Nous n’allons pas nous arrêter. Nous vivons sur un continent où il est difficile de promouvoir un tel programme et de bénéficier d’investissements, mais lorsque la motivation, l’amour et la passion sont présents, tout devient possible. »
La démocratie prospère lorsque les jeunes sont écoutés

Le parcours de Prince avec le Youth Barometer montre que, lorsque les jeunes disposent des bons outils, des compétences et de l’espace nécessaires pour prendre les rênes, ils peuvent transformer en profondeur la façon dont leur génération s’engage dans la démocratie. En créant un espace sûr, sans intimidation, le projet a permis aux jeunes de s’exprimer, une voix qui attendait depuis longtemps d’être entendue.
Le futur s’annonce prometteur pour le Youth Barometer. Grâce à leur passion, leur motivation et leur soutien sans faille, Prince et sa génération de jeunes ghanéens continueront à exiger la redevabilité politique et à construire la culture démocratique dont leur pays a besoin.

