Depuis des années en Tanzanie, les femmes et les jeunes sont exclus des processus politiques du pays. Sous-représentés à l’Assemblée nationale et dans le cadre démocratique général, ils sont souvent confrontés à des obstacles empêchant leur participation, en particulier lorsqu’ils contestent le parti au pouvoir. Des normes sociales fortement internalisées marginalisent disproportionnellement les femmes, instaurant une culture où leurs voix sont souvent réduites au silence.
« En tant que fille, en tant que femme, on vous apprend à vous taire, à être obéissante », explique Petrider Paul, membre des WYDE Accountability Hubs et de l’Imara Leadership Initiative (ILI). « Même si vous êtes victime de violences sexistes, les autres resteront silencieux et se détourneront. »
« Comment pouvez-vous incarner le changement si vous ne disposez pas du système ou des cadres nécessaires pour vous aider à le mettre en œuvre ? »
Un programme pour le changement
Cette nécessité urgente de transformation systémique a conduit Petrider à postuler au programme « Accountability Hubs » de WYDE. Après avoir suivi des formations ciblées et participé à des activités de mise en réseau, les participants sont désormais en mesure de mener à bien des changements sur le terrain. Pour Petrider, cela a marqué un tournant décisif qui lui a permis de concrétiser sa vision.

Renforcer la compréhension des droits civils et politiques
Munie de ses compétences et du soutien du programme WYDE, Petrider a créé une série de sessions de formation intitulée « Imara : les femmes et les jeunes en politique ». Cette initiative vise à sensibiliser les Tanzaniens sur leurs droits et à promouvoir une plus grande participation politique des groupes marginalisés.
« … J’ai remarqué que la plupart des gens ne connaissaient même pas leurs droits. »
« En mettant en œuvre ce projet, j’ai remarqué que la plupart des gens ne connaissaient même pas leurs droits », explique-t-elle. « Leurs droits peuvent être enfreints, et ils trouvent cela normal. C’est parce qu’ils n’ont pas accès à l’information nécessaire, et non parce qu’ils ne veulent pas de ces droits. »

À travers une série de webinaires et de sessions en présentiel, l’équipe de Petrider s’est attaquée à trois défis majeurs :
- Encourager l’engagement civique : 61 femmes et 34 hommes ont été formés pour lutter contre les abus en ligne et tirer parti des plateformes numériques pour la participation civique.
- Lutter contre la désinformation : 150 jeunes ont suivi une formation en ligne sur le vote, l’inscription sur les listes électorales et la détection des fausses informations et de la désinformation pendant les élections.
- Favoriser l’inclusion : 13 jeunes femmes et 13 jeunes hommes ont participé à des sessions en présentiel sur les droits des électeurs, la responsabilité politique et la prévention de la violence politique à l’égard des femmes.
Lancer un mouvement
L’impact du travail de Petrider s’est étendu bien au-delà des sessions de formation. Un enregistrement des webinaires a touché un public plus large, diffusant encore davantage le message d’autonomisation.
Les médias nationaux ont magnifié la visibilité du projet, avec trois articles de presse, dont un en première page, mettant en avant les sessions de formation destinées aux jeunes.

La collaboration avec une entreprise médiatique a ouvert la voie aux futures sessions d’apprentissage « Imara pour les femmes et les jeunes en politique ».
L’un des résultats les plus marquants a été la création d’un comité consultatif gouvernemental. « Nous avons même eu la présence d’une secrétaire générale, nommée par le président, issue de la section jeunesse du parti au pouvoir », raconte Petrider. « Par la suite, la secrétaire générale a mis en place un comité chargé de la conseiller sur la manière dont le gouvernement peut impliquer davantage de femmes et de jeunes dans les prochaines élections générales. »
Une approche locale
Pour Petrider, un des facteurs clé du succès du projet a été la flexibilité qu’il offrait. « Grâce à l’initiative Accountability Hubs, nous avons pu mettre en œuvre des actions adaptées au contexte de notre pays, même si nous avons dû les adapter localement », explique Petrider.
Cette approche s’inscrit dans la conviction de la Fondation Kofi Annan, de la Westminster Foundation for Democracy et de l’Oslo Center, selon laquelle un changement durable doit être porté par des efforts de terrain, et non imposé par une hiérarchie.
En repensant à ce parcours, Petrider est à la fois fière et optimiste. « Je pensais que notre pays était peu préparé à tout débat sur la démocratie ou les droits humains. Mais aujourd’hui, nous disposons d’un espace pour mener ces discussions sans craindre les critiques. »
« … aujourd’hui, nous disposons d’un espace pour mener ces discussions sans craindre les critiques. »
Le travail de Petrider met en évidence le pouvoir transformateur du leadership local et l’importance de doter les jeunes leaders des outils dont ils ont besoin pour changer les choses. Si davantage de femmes et de jeunes peuvent s’engager dans les processus politiques tanzaniens, l’avenir s’annonce plus radieux pour une société plus inclusive et démocratique.
