Mealii Swazuri – Kenya

Amplifier la voix des jeunes femmes : transformer la participation budgétaire dans le comté de Kwale, au Kenya

Au Kenya, le projet « Young Women at the Table » de Mealii Swazuri enseigne aux jeunes femmes vulnérables les bases de la gestion budgétaire, leur permettant ainsi de passer du statut de bénéficiaires invisibles à celui d’auteures de leur premier mémorandum budgétaire.

Dans le comté de Kwale, au Kenya, les voix des jeunes femmes sont trop souvent absentes des consultations publiques qui déterminent les budgets du comté, ainsi que la qualité et la prestation des services communautaires.

Alors que les programmes éducatifs financés par le gouvernement, et autres services publics, profitent directement aux jeunes femmes, beaucoup ignorent encore que ces opportunités sont le fruit de la participation citoyenne aux processus budgétaires. Ce décalage prive les jeunes femmes d’une réelle influence sur les services dont elles dépendent pour leur éducation, leurs soins de santé, leur emploi et leur soutien social.

Reconnaître les voix manquantes à la table des négociations

Mealii a pris conscience de cette réalité lors d’une conversation avec une amie bénéficiaire d’une bourse d’étude universitaire gouvernementale. Lorsque Mealii lui a demandé si elle avait participé à des consultations publiques, la réponse a été un simple « non ». Plus frappant encore, son amie ignorait totalement l’existence de cette bourse, pourtant proposée par des membres de la communauté lors d’une consultation publique, débattue par l’Assemblée du comté et fiancée par une allocation budgétaire.

“J’ai réalisé que, même en tant que jeunes femmes ou jeunes, nous bénéficions de services communautaires auxquels nous n’avons pas participé.”

Ce moment a confirmé une tendance que Mealii avait observée lors des consultations dans son quartier : peu de jeunes femmes présentes, et celles qui l’étaient, ne prenaient pas la parole. Mealii savait que celles-ci devaient avoir davantage leur mot à dire sur les services qui les concernent. C’est de cette prise de conscience qu’est né le projet « Young Women at the Table » (Les jeunes femmes à la table).

Formation et mise en réseau pour le changement

Le projet « Young Women at the Table » a bénéficié du soutien du programme WYDE Accountability Hubs, qui a offert un mentorat essentiel et une formation complète à de jeunes leaders africains comme Mealii.

Mealii a jugé les sessions de renforcement des capacités particulièrement enrichissantes, ainsi que l’opportunité d’apprendre des expériences des divers intervenants. Elle a particulièrement apprécié la formation en gestion de projet, qui lui a permis de concevoir des initiatives, d’analyser les contextes locaux et d’évaluer les dynamiques des parties prenantes. La formation en présentiel, réunissant de jeunes leaders africains de tout le continent, a créé un espace précieux d’apprentissage entre pairs et de partage d’expériences.

“J’ai réalisé que, bien qu’ils viennent de régions différentes, les jeunes sont confrontés à des défis similaires. Les innovations qui fonctionnent en Ouganda, par exemple, pourraient également être adaptées avec succès au Kenya. Cet échange d’idées a été l’une des facettes les plus enrichissantes de l’expérience du projet WYDE.”

Développer les compétences nécessaires à une participation constructive

Mis en œuvre dans le quartier de Waa-Ng’ombeni, l’un des 20 quartiers du comté de Kwale, le projet « Young Women at the Table » (Les jeunes femmes à table) ciblait délibérément les jeunes femmes vulnérables sans expérience préalable de projets communautaires.

Pour beaucoup de participantes, il s’agissait de leur première implication civique : certaines n’avaient pas terminé leurs études secondaires, beaucoup étaient sans emploi, d’autres vivaient de petits commerces. « J’ai le sentiment que nous avons vraiment ciblé les femmes que nous voulions cibler », déclare Mealii, ajoutant que leur niveau d’engagement était « vraiment inspirant ».

“J’ai le sentiment que nous avons vraiment ciblé les femmes que nous voulions cibler », déclare Mealii, ajoutant que leur niveau d’engagement était « vraiment inspirant.”

Grâce aux formations du projet, les jeunes femmes ont acquis une solide compréhension du processus d’élaboration du budget, apprenant à décrypter les principaux documents tout au long du calendrier budgétaire. Elles ont identifié quand et comment la participation publique intervient lors des étapes clés : plan de développement annuel, document de stratégie fiscale du comté, réunions de validation des membres de l’Assemblée du comté (MCA), se préparant ainsi efficacement pour un engagement en toute confiance.

Avec l’aide d’experts, les participantes ont également amélioré leur analyse budgétaire, prioritisant leurs besoins en les alignant sur les priorités comtales et nationales pour chaque exercice financier. Cet alignement a renforcé leur pouvoir de négociation, facilitant l’adoption et le financement de leurs propositions, et améliorant l’accès à des services publics de qualité.

Assurer une participation impactante

Le projet a entraîné une nette augmentation de la participation des femmes aux consultations publiques. Des réunions communautaires exclusivement féminines (barazas) ont contribué à sensibiliser les femmes à ces processus et à l’importance de faire entendre leur voix. Désormais, elles participent aux consultations, non seulement en écoutant, mais aussi en s’exprimant activement. Au fil du temps, cet engagement croissant permet aux acteurs gouvernementaux de reconnaître l’existence d’un mouvement féminin solide et organisé, militant pour une implication réelle des jeunes femmes, et des jeunes, à la prise de décision comtales.

Au cours de la formation, certains moments ont particulièrement marqué les participantes. Elles ont posé des questions et ont commencé à faire le lien : « Oh, c’est donc ça qu’on doit faire… Pourquoi on ne l’a pas fait avant ? On ne savait tout simplement pas. »

L’une des réussites majeures du projet a été la soumission du premier mémorandum des jeunes femmes du quartier. Ce document, conçu directement par les participantes à partir des défis communautaires et de leurs expériences, contient leurs recommandations prioritaires. Comme le souligne Mealii, ce processus a considérablement amplifié la voix des jeunes femmes, sensibilisé à l’importance de leur participation, et établi les bases d’un engagement renforcé, prioritisant une amélioration des services publics pour l’ensemble de la communauté.

Accroître l’impact et renforcer l’engagement

Le projet a mis en évidence l’immense potentiel et les derniers défis qui restent à relever, pour faire entendre la voix des jeunes femmes dans la gouvernance locale.

Pour l’avenir, Mealii envisage de capitaliser sur ce succès, à commencer par le renforcement des capacités.

“Beaucoup de jeunes femmes ne connaissent pas les processus comtaux, notamment ce qui concerne l’élaboration et l’exécution budgétaires.”

Après les barazas « Young Women at the Table », Mealii a reçu de multiples demandes de formation, confirmant ainsi la nécessité d’étendre le modèle à d’autres quartiers via des financements supplémentaires. Elle insiste aussi sur l’importance des partenariats durables : « une seule réunion avec un membre de l’Assemblée du comté n’était pas suffisante » pour influencer l’adoption des politiques ou l’allocation du budget. Les efforts à venir miseront donc sur un engagement approfondi, via des négociations en tables rondes, un plaidoyer ciblant les comités de l’Assemblée du comté, et des alliances stratégiques avec les principaux décideurs.

Avec davantage de ressources, Mealii envisage d’étendre l’initiative à un vaste réseau de défenseurs du budget.

“Si ce petit pourcentage a fonctionné en si peu de temps, imaginez ce que pourraient accomplir 10, 20 ou même 40 défenseurs du budget dans tous les quartiers.”

Un tel réseau pourrait servir de centre d’analyses budgétaires, d’identification des besoins communautaires, et de la participation citoyenne. Le renforcement du plaidoyer est tout aussi prioritaire, passant de réunions ponctuelles à une approche coordonnée et axée sur les comités. Ensemble, ces étapes dessinent un mouvement croissant de jeunes femmes équipées pour influencer la prise de décision, et transformer durablement leurs communautés.

Les jeunes femmes à la tête du changement

Le travail de Mealii prouve qu’investir dans des projets conçus par les jeunes, c’est investir dans l’avenir des communautés.

“Lorsque que les idées viennent des jeunes, ceux-ci s’approprient pleinement ces initiatives, les rendant plus durables. Nous leur démontrons qu’ils peuvent contribuer de manière significative aux décisions et aux activités socio-économiques et communautaires, non pas seulement comme leaders de demain, mais comme leaders d’aujourd’hui.”

Le projet « Young Women at the Table » illustre qu’avec une formation, un soutien et une confiance en leurs capacités, les jeunes femmes peuvent passer du statut d’observatrices silencieuses à celui d’architectes actives de l’avenir de leurs communautés.