Cette vulnérabilité numérique nourrit la méfiance envers les institutions. Sans repères solides, difficile pour eux de se sentir légitimes dans une démocratie qui peine déjà à intégrer sa jeunesse.
Dans ce contexte, une initiative portée localement par Souwaiba Ibrahim Mahamane a enclenché une dynamique nouvelle qui remet la participation citoyenne entre les mains de celles et ceux qui la vivent au quotidien. Pas par des mots, mais par un travail rigoureux qui reconnecte droits, responsabilités et usages numériques à la pratique démocratique.
Souwaiba, juriste engagée sur les droits humains et la gouvernance, concentre ses efforts sur un public varié. Scouts, U-Reporters, syndicat étudiant, jeunes vivant avec un handicap, tous marqués par la même réalité. Leur volonté d’agir existe, mais elle se heurte trop souvent au manque d’outils et à une absence de repères concrets. L’initiative est construite autour de ce besoin très simple : redonner à cette jeunesse les moyens intellectuels et techniques d’exercer pleinement leur citoyenneté.
Quand la prise de conscience devient le point de départ
Le déclic naît d’une observation récurrente. Au fil de ses échanges avec les jeunes, Souwaiba voit combien la désinformation influence leurs positions et leurs réactions, combien la peur ou la résignation les retiennent lorsqu’il s’agit de prendre la parole sur les affaires publiques.
Elle en déduit que la sensibilisation seule ne suffit plus et qu’il faut une méthode structurée, un parcours clair, un espace d’apprentissage qui leur permette de comprendre leur rôle et de prendre confiance.
En parallèle, les limites sont évidentes. Beaucoup ne connaissent pas les mécanismes de gouvernance, ne savent pas reconnaître une violation de droits humains et partagent parfois des contenus trompeurs sans s’en rendre compte. Ce n’est pas un désintérêt, mais un manque d’accès aux outils essentiels, estime Souwaiba.
Et c’est justement cette inertie discrète qu’elle veut briser.
L’arrivée de WYDE ouvre le champ des possibles
L’entrée de Souwaiba dans le programme Women and Youth in Democracy (WYDE) Accountability Hubs en 2023 intervient précisément à ce moment.
En rejoignant l’initiative, elle bénéficie d’un cadre de travail plus structuré, d’outils pédagogiques adaptés et d’un réseau de jeunes leaders africains engagés sur des thématiques similaires.

(Crédit photo : WYDE Accountability Hubs)
WYDE Accountability Hubs ne se substitue pas à son action. Le programme lui donne plutôt la possibilité d’aller au bout de son intuition. Former autrement, structurer l’apprentissage, ancrer durablement la citoyenneté dans la pratique quotidienne. Avec cet appui, son projet gagne en clarté et en cohérence.
Des formations qui redonnent prise sur la démocratie
Sous la coordination de Souwaiba, un cycle de trois formations est mis en place. Elles sont réalisées à Niamey avec un groupe de vingt jeunes – dix hommes et dix femmes. Souwaiba mène cette initiative au sein de la Ligue nigérienne des droits des femmes, l’organisation qui l’accompagne dans la mobilisation des jeunes issus de ses communautés partenaires déjà engagées dans des actions citoyennes.
La première formation porte sur les droits humains. Les participants explorent les notions d’égalité, de non-discrimination et les mécanismes de recours en cas de violation. Les exemples sont tirés de leur quotidien. Cet ancrage concret aide les participants à discerner clairement ce qui relève du droit et ce qui constitue une atteinte.

(Crédit photo : Souwaiba IBRAHIM MAMANE / WYDE)
La deuxième formation aborde la démocratie et la bonne gouvernance. Les jeunes décodent les fondements d’un État démocratique et découvrent comment le citoyen peut jouer un rôle dans le contrôle de l’action publique. Les exercices et les discussions rendent ces notions beaucoup plus accessibles.

(Crédit photo : Souwaiba IBRAHIM MAMANE / WYDE)
Enfin, une troisième formation est consacrée à l’usage éthique des réseaux sociaux et à la lutte contre les fausses informations. Les participants apprennent à distinguer information, désinformation, mésinformation et propagande. Ils découvrent comment vérifier une source, recouper un fait, et adopter une posture responsable en ligne.

(Crédit photo : Souwaiba IBRAHIM MAMANE / WYDE)
Au terme de ce parcours, les jeunes ressortent mieux outillés pour comprendre leurs droits, exercer leur citoyenneté et évoluer dans un espace numérique où l’esprit critique devient indispensable.

(Crédit photo : Souwaiba IBRAHIM MAMANE / WYDE)
Des progrès observables et alignés avec les objectifs
Les résultats documentés au terme du projet montrent une montée en compétence claire. Le groupe formé est désormais capable d’identifier et de dénoncer des violations des droits humains. Ils comprennent davantage leur rôle dans une société démocratique et sont sensibilisés aux outils de participation citoyenne. Leur capacité à analyser et vérifier l’information en ligne s’est renforcée, ce qui était l’un des objectifs prioritaires du projet.
Ces acquis ne restent pas théoriques. Les jeunes utilisent ces connaissances au sein de leurs communautés respectives, ce qui confirme que la formation n’est pas restée confinée à la salle.
Un changement progressif mais durable
La dynamique enclenchée dépasse la formation en elle-même. Souwaiba observe que les jeunes s’informent différemment, réagissent avec plus de vigilance aux contenus douteux et s’autorisent à parler de gouvernance avec plus d’assurance.
L’intégration de la démarche dans la Youth Democracy Cohort a contribué à installer cette expérience dans une vision plus large de participation citoyenne au niveau régional.
Peu à peu, Souwaiba constate avec satisfaction qu’une génération commence à sortir du réflexe de passivité et à affirmer sa place dans le débat public.
Une vision qui continue de s’élargir
Pour la suite, Souwaiba ambitionne de maintenir un réseau actif des jeunes formés, de produire des contenus citoyens accessibles, d’intégrer le fact-checking dans toutes les futures formations et de développer les collaborations avec les médias communautaires pour diffuser une information fiable. Dans un contexte où une seule rumeur peut déstabiliser une communauté, cette compétence devient un véritable outil de protection collective.
Elle vise à ce que ces jeunes deviennent, à leur échelle, des acteurs capables de renforcer la démocratie dans leurs propres quartiers. WYDE a fourni, reconnaît Souwaiba, le cadre qui permet à cette dynamique locale de s’ancrer et de durer.

